Évaluation de tous les points de vue et du biais de confirmation : une perspective critique

par | Avr 30, 2025 | Blog

Dans la pratique clinique, j’ai souvent observé à quel point nos décisions peuvent être facilement influencées par ce que l’on appelle le biais de confirmation : la tendance à interpréter et à privilégier les informations de manière à confirmer nos croyances préexistantes ou notre approche thérapeutique préférée. En orthodontie, cela peut nous conduire à favoriser une technique ou un système particulier, tout en négligeant d’autres interprétations diagnostiques qui pourraient être tout aussi appropriées, voire plus adaptées. Cette tendance s’accompagne souvent d’autres raccourcis cognitifs, tels que l’ancrage sur un diagnostic initial ou une confiance excessive dans ce qui nous est le plus familier ou dans ce que nous avons appris récemment, plutôt que dans ce qui est le plus bénéfique pour le patient.

Dans un domaine aussi diversifié et en constante évolution que l’orthodontie, cette question revêt une importance particulière. Aujourd’hui, nous sommes entourés de multiples philosophies thérapeutiques, de technologies de plus en plus sophistiquées et de fortes influences commerciales qui façonnent les tendances cliniques. Bien que cela ait incontestablement élargi nos capacités, cela a également favorisé l’adoption de schémas de pensée rigides, dans lesquels l’adhésion à un seul système peut limiter notre capacité à évaluer de manière critique d’autres possibilités. D’après mon expérience, rester enfermé dans un seul cadre conceptuel sans le remettre en question peut restreindre non seulement la planification du traitement, mais aussi notre compréhension de la croissance, de la fonction et de la biomécanique.

Lorsque j’ai commencé à parler de l’orthodontie bioprogressive lors de congrès, de formations et dans des contextes cliniques, j’ai rencontré une certaine résistance, en particulier de la part de collègues qui l’associaient à une approche « traditionnelle » ou « à l’ancienne ». Avec le temps, j’ai compris que cette réaction n’était pas uniquement liée à la technique elle-même, mais aussi à la manière dont nous, en tant que cliniciens, avons tendance à filtrer l’information à travers nos préférences déjà établies. Paradoxalement, à une époque dominée par les aligneurs transparents et les systèmes à faible friction — largement centrés sur la dentition permanente —, nous pouvons involontairement écarter des concepts qui offrent une perspective biologique plus large.

Pour moi, l’essentiel n’est pas de s’opposer à l’orthodontie moderne, mais de l’intégrer de manière réfléchie à des principes solidement établis. Les travaux de Robert M. Ricketts ainsi que les contributions de cliniciens tels que Ronald Roth, Hugo Trevisi et Thomas Pitts démontrent que les connaissances en orthodontie évoluent davantage par adaptation que par remplacement. Revenir aux concepts bioprogressifs ne signifie pas revenir en arrière ; cela signifie les comprendre de manière structurée et contemporaine, et reconnaître leur valeur dans le contexte technologique actuel.

En définitive, éviter le biais de confirmation exige un effort conscient pour préserver sa flexibilité intellectuelle. Cela implique de remettre en question nos propres hypothèses et d’être disposés à explorer différentes approches, même celles qui peuvent, à première vue, sembler peu familières ou dépassées. À mon sens, une pratique orthodontique plus complète émerge lorsque nous associons la pensée critique à une attitude d’ouverture, en intégrant de multiples perspectives afin de mieux répondre aux besoins individuels de chaque patient.

Avec l’apparition de chaque nouvelle avancée technologique en orthodontie, il semble souvent que les connaissances accumulées au fil des décennies ne soient pas véritablement intégrées, mais plutôt mises de côté, comme si nous tentions de « réinventer la roue ». Dans ce processus, des concepts précieux et éprouvés par le temps risquent d’être négligés, malgré leur pertinence persistante pour certains patients. Je considère qu’il est injuste d’enfermer chaque cas dans un protocole prédéterminé dicté principalement par un système ou une technologie, alors que la variabilité individuelle exige clairement une approche plus réfléchie et adaptable.

Pour cette raison, nos décisions cliniques devraient être guidées, autant que possible, par des critères objectifs et mesurables plutôt que par des perceptions subjectives. Même des notions telles que la beauté, souvent considérées comme intrinsèquement subjectives, peuvent être abordées de manière plus objective dans notre profession, puisqu’elles sont étroitement liées aux proportions, à l’équilibre et à des relations quantifiables.

Par ailleurs, tant que de nouvelles données scientifiques ne viendront pas modifier notre compréhension de la biologie cranio-faciale, nos décisions concernant la mécanique du traitement devraient continuer à être orientées vers ce qui est le plus efficace et le plus biologiquement approprié pour nos patients. En fin de compte, il nous incombe également de communiquer clairement cette vision, en aidant les patients à dépasser la pression publicitaire constante qui entoure l’orthodontie moderne et en veillant à ce que leur traitement soit guidé par les connaissances scientifiques plutôt que par les tendances.

RÉFÉRENCES

  • Petrén, S., et al. (2025). A systematic review considering the risk of bias in orthodontic RCTs over 55 years. European Journal of Orthodontics.
  • Papadimitriou, A., et al. (2020). Social media and orthodontic treatment from the patient’s perspective. European Journal of Orthodontics.
  • Fleming, P. S., et al. (2016). Risk of bias and magnitude of effect in orthodontic randomized controlled trials.
  • Sifakakis, I., et al. (2021). Novelty bias in orthodontics: exaggerated early treatment effects.

Le biais de confirmation en orthodontie peut limiter le jugement clinique en renforçant des préférences thérapeutiques préexistantes. Dans un domaine caractérisé par une diversité croissante des technologies et des philosophies de traitement, ce phénomène peut restreindre l’objectivité de la prise de décision clinique. Cet article souligne l’importance d’intégrer différents concepts orthodontiques tout en privilégiant des critères mesurables et fondés sur les preuves scientifiques plutôt que des interprétations subjectives.

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